La première Suprprise partie 

 

     Par Sylvain Benattar 

Puisque nous avons la possibilité d’évoquer nos souvenirs, eh bien allons-y de gaîté de cœur !

C’était le temps de notre adolescence baignée de rêve et  d’illusion ; c’était surtout le temps des amis, de l’insouciance mais  aussi celui où

nous ressentions le besoin de nous affirmer et de nous prouver que nous pourrions devenir des « grands », capables de pénétrer ce monde encore inconnu et inquiétant et pourtant si attirant : Le monde des filles !

C’était le temps où nous étions bercés de chansons douces et mélancoliques ; nous chantions avec Mouloudji sa complainte triste à travers ses  champs de myosotis et de coquelicots .

Nous dessinions avec Gilbert Bécaud de nos mains  les mêmes formes de son espoir ; nous réconfortions avec Aznavour ce visage blessé imaginaire pleurant au creux de notre épaule et nous rêvions avec Yves Montand de Paris, de Pigalle et des petits bistrots, de grandes filles blondes et langoureuses aux yeux verts,  accoudées au « zinc », la jupe fendue,  une longue cigarette au bord  de lèvres sensuelles et un verre de whisky à la main.

Eh oui,  c’était notre adolescence, turbulente et rêveuse !  Et puis un jour Charly Sarfati et moi avions eu l’idée de réaliser notre rêve.

 Nous voulions sortir de l’enfance et connaitre cette indéfinissable et exaltante sensation ; Il avait 14 ans, Il paressait 16. Il était grand, fluet, sérieux et très sensible. Il semblait déjà mur pour son jeune âge, connaisseur des choses de la vie malgré sa timidité.

J’avais 16 ans, beaucoup plus petit et plus gamin. Je paressais plus jeune  mais  je me sentais plus « téméraire » et à nous deux ça faisait une moyenne.

Donc nous étions surs de pouvoir relever notre premier défi.

      Le plus dur c’était de trouver deux filles ingénues, mignonnes de préférence et si possible un peu coquines pour partager nos premiers émois.

La providence nous fit très vite connaitre deux jeunes filles, dont je tairai les noms pour ne pas nuire à leur réputation, qui acceptèrent avec

enthousiasme notre invitation. C’était merveilleux et nous étions si émus et troublés et si impatients qu’il  fallait mettre sans perdre de temps notre projet en exécution.

      Quand, comment, où ? Charly trouva heureusement la solution ! Le rendez-vous se fera chez lui le samedi après midi, profitant de l’absence de  ses parents et surtout de ses frères.

Aussitôt dit aussitôt fait ! Nous avions tout prévu, tout organisé. Le salon était prêt. Les bonbons et les cacahuètes dans de belles soucoupes posées sur la table recouverte d’une belle nappe blanche brodée, quelques boissons pétillantes, les disques de jazz, de Pérez Prado, de Dario Moreno sans oublier bien sur les slows et tangos nécessaires pour nous laisser attendrir, on ne sait jamais…

       Le grand jour était arrivé. Nous étions prêts. Nous étions propres et beaux, bien coiffés et parfumés d’eau de Cologne. Nous étions anxieux et fébriles. Allaient-elles venir ? Et si elles ne venaient pas ? Il faisait  très beau en ce jour de printemps, et nous guettions depuis la rue Georges Couvopoulos, la place de la Municipalité. C’est par là qu’elles devraient venir !

      Elles arrivèrent ! Toutes les deux souriantes et intimidées. Elles étaient belles, bien coiffées et fardées, peut être un peu trop, bien

habillées et parfumées, portant des chaussures à talon.

     Bref ! Deux vraies pin-up ; nous étions heureux de les accueillir et tous les quatre, main dans la main, déjà, nous entrèrent dans ce qui devait être notre « nid d’amour ».

      Nous avions tout prévu, la musique jouait un air tendre, les persiennes sur la courette étaient fermées, nous commencions à siroter notre première limonade, à manger nos premières cacahuètes, l’odeur de parfum commencée à nous envahir, nous nous apprêtions à entamer notre première danse, l’ambiance régnée, c’était le bonheur, quand brusquement des coups violents répétitifs nous firent sursautés tous les quatre. Des coups sur la porte d’entrée et des cris stridents et moqueurs provenaient de la cour.

Nous étions figés et les éclats de rire de plus en fort et moqueurs et les coups sur la porte s’amplifièrent et on entendait : « Il y a des P.., il y a des P…, suivis de rires ininterrompus.

   Nous avions tout prévu sauf cet imbécile de Khamous ! le voisin, garçon « khkik » comme il en existe pas deux à l’Ariana. Il nous a vu entré et pour se rendre intéressant il a foutu tout par terre.

  Il n’arrêtait pas de crier et de rire en ameutant le quartier. Rien, n’y fit ! On le suppliait, on le menaçait, il redoubla ses moqueries en se roulant par terre en riant de plus belle et en criant…

    Prises de panique et choquées, nos deux « amoureuses » se sauvèrent en un clin d’œil, surtout pour sauver leur réputation et Charly et moi vexés et énervés, avions terminé la surprise partie dans la morosité avec la limonade et les cacahuètes.

    C’était ce qui aurait du être notre plus belle et première « surprise-partie.                                              

    Sylvain Benattar   

 

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