Le Tiro ou Le Tire-haut!


Ce récit  de souvenirs est pour  les enfants et petits enfants d’Arianais,  qui n’ont pas vécus les années antérieures à l’indépendance ou même pas nés  en Tunisie.
Le tiro, est un jeu, qui se jouait dans la rue.  Il s’apparente, à quelque chose près quant à ses règles, au Base-ball américain et/ou au Cricket anglais.
Ce jeu, ne s’achetait pas chez le marchand de jouets, nous le fabriquions nous même. D’ailleurs, pour nous, petits garçons pas toujours fortunés, nos jouets, nous les faisions nous même de bric et de broc.

 Revenons à notre tiro. Pour fabriquer ce jeu, il fallait d’abord avoir un vieux balai. Ce n’est pas  le balai  qui nous intéressait, mais son manche. Ce manche fait de bois de hêtre  bien droit et bien dur. Parfois, quand le besoin se faisait urgent, nous prenions celui  de la maison  au risque de taloches et de punitions. Il fallait voir la tête de ma mère, quand elle voulait prendre son balai et que le manche manquait !
Parlons d’abord de sa fabrication : c’est donc, du manche à balai, dont on tirait deux morceaux. Un bâton de la taille de 45 à 50 cm, pour l’un,  et de 10 à 15 cm pour l’autre. Le petit (tiro)  était taillé comme un crayon en forme de cône, à ses deux extrémités, c’est tout, le reste se trouvait dans la rue.
Il fallait alors  choisir deux grosses pierres que l’on trouvait facilement, d’au moins 15 à 20 cm de diamètre.


Venons au jeu maintenant : Il se jouait à deux, ou  à plusieurs, mais toujours un contre les autres.

Le jeu commence : Le « batteur » se trouvant du coté des deux pierres,  tient le bâton et  le tiro en  mains et frappe  avec le bâton, le tiro, pour l’envoyer le  plus loin possible et  très bas pour que les adversaires, qui eux  sont à quelques vingt mètres de là ne puissent  l’attraper. Il mettra ensuite le bâton, en équilibre sur les deux pierres. Si un des adversaires  attrape  le tiro au vol sans que celui-ci ne touche terre, le batteur est éliminé et c’est au suivant de jouer. Sinon, le receveur le lance  avec la main, très fort, en visant le bâton posé sur les pierres , pour le faire tomber.

 S’il réussit, le batteur  est alors éliminé et c’est au tour du receveur  de devenir batteur.
Il y a aussi une autre façon d’éliminer un batteur: c’est quand le tiro lancé, atterri à une distance, maximum, égale à la longueur d’une bâton par rapport aux pierres, alors le batteur  est éliminé.
Les points, maintenant : Comment marquer des points. Si le lanceur, en lançant le tiro  manque le bâton posé sur les deux pierres, le batteur prend celui-ci et se dirige vers le tiro. Alors là, c’est l’adresse qui définit le bon ou le mauvais joueur.
Je me rappelle de Sylvain Ben Attar qui était lui un très bon joueur, il lui arrivait même de jongler avec le tiro au bout du bâton.
Donc, il frappe avec le bâton sur l’un des bouts coniques du tiro  pour le faire tournoyer en l’air et le frapper une deuxième fois, dans son envol, pour l’envoyer le plus loin possible. (Ce n’est pas facile croyez moi). Cette manœuvre ne se fait que trois fois.
Après ça, nous mesurons, la distance qu’il y a entre le tiro et les pierres, avec le bâton comme unité de longueur. Le nombre de bâtons nous donne les points marqués. Parfois quelques tricheurs, mesuraient en zigzag, pour marquer plus de points.
Bien sur ces parties duraient longtemps, et il fallait surtout une rue tranquille où les voitures ne passent pas beaucoup. Lorsque une voiture passait, (celle du Dr. Soria) nous enlevons les pierres, pour les mettre de coté. Parfois ces parties de tiro, se terminaient « mal », par la casse d’un carreau de fenêtre.
Nous disparaissons du décor le plus vite possible. A la fin, il fallait payer les dégâts, pour les parents, c’était le vitrier, pour nous, comme on disait, la « Tannée ». Bien sur, ce jeu ne pouvait pas se jouer sur le « Boulevard de France » artère principale de l’Ariana, par exemple.
Ce jeu n’était pas pratiqué par tous les petits garçons, car il était quand même dangereux. Nous pouvions recevoir le tiro en plein visage, et ça fait mal.
Il y avait d’autres jeux qui se jouaient dans la rue, comme : le jeu de billes, la toupie, les noyaux d’abricot, les trottinettes et bien sûr le foot, avec une balle de tennis. Je vous parlerai plus tard des trottinettes.
Et puis, je ne sais pas pourquoi, après l’indépendance, ces jeux ont disparus.
Voila une histoire de mon enfance peut être racontée d’une façon un peu trop technique.



Charly Sarfati
 
                 

 

 

-Voici  l’endroit où l’on joué au tiro : La rue couvopolo.

 -Photo prise après le départ de tous ses habitants juifs.

 

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Vue coin  immeuble rue de la victoire et couvopolo, là où   habitaient, Zakine, Cohen, Sarfati, Sonino, Berreby…

On voit un peu plus loin au bout de la rue l’immeuble  où habitaient : Dr.Soria (cabinet), Assous, Smadja et Nacach,  et en face la Municipalité.

 

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