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La grosse pierre et le vieux caroubier, par Sylvain Benattar       

 

Mardouk très attristé, car il avait pour son propriétaire une sincère affection, se disait qu'il y avait peut être une solution et se proposa de rendre visite à Sidi Hattab comme il appelait Grâce à l'insistance de sa femme celui-ci fini par accepter tout en s'interrogeant !            

- Que pouvait bien faire pour lui ce petit « réparateur » de lampes, pour le soulager de ses atroces douleurs alors qu'il espérait toujours de Dieu, qu'il invoquait cent fois par jour la guérison ?     

Mardouk confectionna sur mesure avec des multiples lanières de cuir un étrange corset comprenant à chaque coté deux gourdes de peau de chèvre qui servaient de coussinet et qui maintenaient au repos le dos et la poitrine pour supprimer tout geste accidentel      

En plus et c'était le plus étonnant, quand on remplissait de temps en temps les gourdes d'eau chaude, le corset se serrait et la douleur s'estompait ! C'était un vrai miracle et Hattab retrouvait sa bonne humeur et reprenait petit à petit son activité et tout son entourage le congratulait et bénissait Dieu, Fatiha très soulagée remerciait le « guérisseur » et quant à Sidi Hattab il savait au fond de lui, en tortillant ses moustaches de plus belle, le regard goguenard que Mardouk y était pour quelque chose.   

La guérison fut célébrée par une fête joyeuse et étonnante. C'était la première fois que l'on voyait ces deux femmes, une arabe et une juive danser ensemble au son des flûtes et des tambours, enivrées par l'odeur de l'encens, la fumée et le rythme endiablé de la musique. Elles apprirent à se connaître et s'échangèrent de temps en temps des recettes de cuisine. 

Mniha était très heureuse et fière de faire goutter ses gâteaux si particuliers dont elle avait le secret. Elle disait que la recette provenait de ses ancêtres qui habitèrent jadis la Turquie.

Un jour de shabbat, comme il avait l'habitude, dans l'unique et spacieuse chambre qui donnait sur la grande cour, assis sur le grand tapis de laine déroulé les jours de fête, Mardouk ben Shimon, entouré de sa femme Mniha et ses quatre enfants, chantait avec ferveur et mélancolie d'une voix modulante pleine de gravité, les Psaumes du grand roi d'Israël. A chaque fois il commentait en arabe les mêmes versets sacrés qui furent il y a bien longtemps traduits de l'hébreu par le vénérable rabbin de Djerba Yéshouah ben GabbrL

Et voila que ce jour là, Hattab complètement guéri, vint rendre visite à son ami et le voyant en pleine prière, s'installa à coté de lui et ('écouta en fermant les yeux. Il paressait ému et ne semblait pas du tout surpris par ce rituel ! C'était un homme pieux et cultivé et connaissait le Coran.

Il approuvait par des hochements de tête et des exclamations flatteuses les versets qui parlaient de paix, d'amour et de vénération à Dieu, et surtout de Jérusalem. Le Coran n'évoquait-il pas le grand prophète Daoud et ses actions bénies par Dieu ? Pour lui, son ami Mardouk était un croyant zélé. Et il en était fier !

C'est donc comme ça que naquit une étonnante, belle et singulière amitié entre Hattab le propriétaire d'oliveraies et Mardouk le réparateur en tout genre.

Le plus étrange c'est que Hattab, en homme intelligent et curieux, s'intéressait de plus en plus à la religion de son ami. Il découvrait avec respect les différentes   fêtes, et celle qui l'avait le plus impressionné, c'était « Bishah » la miraculeuse traversée de la mère rouge à pieds secs ! Il s'interrogeait en hochant la tête sur toutes les belles actions réalisées par le vénéré prophète Moussa, cité longuement dans le Coran, qui était aussi le grand prophète Moshé qui libéra les enfants d'Israël de la cruauté du pharaon il ya plus de trois mille deux cents ans !

Dieu, décidément est le plus grand!

          

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