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La grosse pierre et le vieux caroubier, par Sylvain Benattar  

 

C'était souvent de simples paysans timides et respectueux qui venaient des alentours pour le solliciter et le saluer.                                                   

Il savait fabriquer pour eux rapidement toutes sortes de sangles et des systèmes de boucles de fixation pour animaux dont il avait le secret, facile à manipuler et ne causant ni gènes ou blessures.

Maigre et légèrement voûté, pas seulement à cause de son activité débordante, Mardouk avait une secrète et grande passion : La lecture.

Il lisait parfaitement l'arabe et l'hébreu et se plaisait à apprendre par lui-même avec ardeur, grâce à toutes sortes de petits journaux qu'il recevait, l'Italien et curieusement le français qu'il enseignait de temps en temps à ses enfants car il disait que c'était peut-être l'avenir !Qui sait ?

Mais sa lecture préférée, c'était la Torah et surtout les Psaumes.

 Et puis, il y avait sa gentille et jolie femme Mniha qu'il adorait. Mariée très jeune, elle lui donna en quelques années, quatre enfants, trois filles et un garçon. Bien en chair et nonchalante, elle communiquait sa gaité naturelle en riant de tout et de rien. Elle participait avec ses voisines arabes toujours dans la bonne humeur aux activités de la petite communauté, du lavage de la cour, du puisage de l'eau, l'entretien des fourneaux, sans oublier les enfants, tous les enfants.

C'était le monde des femmes, à la fois austère et désinvolte, avec leurs petites histoires, leurs confidences et aussi leurs rivalités. Actives du matin au soir, leur démarche légère et ondulante dissimulait la fatigue, était rythmée par le claquement sonore des « kâb- kâbs » sur les dalles de pierre. Mniha comme toutes les autres, chantonnait en cuisinant, se dodelinait gracieusement en surveillant ses gosses autour d'elle tout en faisant claquer son mastic de gomme qu'elle mâchait inlassablement.

Quant à Mardouk, il ne refusait jamais de partager avec ses voisins le thé. Il appréciait ce moment de     détente. Il considérait leur invitation comme un témoignage d'amitié et une marque d'honneur. Le rituel était toujours le même, assis en rond à l'ombre du grand porche voûté, le thé se transvasait en cascade interminablement et se dégustait dans une ambiance respectueuse et joyeuse entrecoupée de formule de politesse, de plaisanteries simples et naïves. On s'échangeait à tour de rôle les tasses fumantes en se congratulant réciproquement à l'infini comme si le temps n'existait pas.

Et pourtant, malgré cette atmosphère paisible, Mardouk ressentait en permanence au fond de lui une indéfinissable inquiétude. IL pensait à sa famille, à sa femme, à ses filles et plus encore, il ne savait pas pourquoi, à son fils Daïdou. L'avenir est toujours incertain se disait-il !

Or voila qu'un jour, Hattab son propriétaire eut un accident brutal de cheval. Celui-ci s'étant subitement emballé le fit chuter lourdement sur le dos. Longtemps il souffrit atrocement des reins et désespérait de ne plus monter à cheval. Plus grave car c'était toute sa vie, il avait du mal à suivre les travaux de ses champs et surtout la cueillette des ses olives.

Profondément croyant, il implorait Dieu afin de recouvrer la santé, mais la guérison ne venant pas, il devenait triste. Lui si fier et de nature joviale, pleurait en silence se sentant diminué, était persuadé que sa vie était finie. Quand un jour sa femme Fatîha se rendit dans l'échoppe de Mardouk pour faire réparer une lampe d'éclairage. Elle évoqua, le regard embué de larmes, les douleurs et la tristesse de son mari et aussi sa propre peine de le voir souffrir..

 

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