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La grosse pierre et le vieux caroubier

Par Sylvain Benattar

 

Comme toutes les histoires extraordinaires, celle-ci mérite d'être connue.

 


C'était il y a bien longtemps, bien avant qu'un certain Jules Grévy ne signât un célèbre « Traité » l'autorisant à s'interposer en protecteur dans cette contrée « inexplorée » de l'autre coté de la mer, au cœur d'un tout petit village, bordé de collines et de champs d'oliviers, proche de la grande Médina, vivait une modeste famille juive, dans une spacieuse maison traditionnelle blanchie à la chaux où résidaient également dans une harmonie de tolérance et de respect mutuel, plusieurs autres familles arabes simples, croyantes et laborieuses.


Le propriétaire de cette maison s'appelait Hattab ben Mazri el Koutteiri, père de nombreux enfants, riche cultivateur grand et jovial qui tortillait ses énormes moustaches avec fierté et en toutes circonstances, ne manquait jamais de saluer ses locataires avec chaleur en se réjouissant que tout se passe bien et que les problèmes de coexistence étaient rares entre eux.

Egalement propriétaire de nombreux oliviers, il habitait à la lisière du village juste à coté du vieux caroubier dont il disait qu'il avait été planté par le père de son grand-père.
 

A cet endroit, se trouvait une énorme pierre patinée par fe temps qui servait à la fois de « frontière » et de lieu de repos.

Mardouk ben Shimon était un petit artisan vif et actif qui subsistait avec plus ou moins de réussite de sa petite échoppe sur la place du marché de terre-battue où il s'était forgé une bonne réputation de réparateur en tout genre grâce à son esprit inventif et une intuition innée du bricolage.

Rien ou presque ne pouvait distinguer à cette époque un juif d'un arabe ! Dans ce souk très animé et bruyant, où toutes les odeurs et les couleurs se confondaient, Mardouk se plaisait à porter avec fierté les mêmes vêtements de laine et de coton amples et bigarrés, les mêmes babouches de cuir et son inséparable chéchia rouge qu'il posait à l'arrière du crâne laissant apparaître un front largement dégarni, quelques touffes de cheveux bruns et rebelles sur les cotés et deux petits yeux noirs et ronds en perpétuel mouvement.

Mardouk c'était l'homme à tout faire. ILsemblait connaître tout le monde même ceux qu'il ne connaissait pas. On venait le consulter pour tout et de partout, A chaque fois il était heureux de trouver la solution qui provoquait aussitôt l'hilarité et l'étonnement admiratif de ses clients.
 

 

 

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